Cyril Mistrorigo

Autoportrait du zinnovant

Le professeur zinnovant par lui-même : analyse rapide du cas @cyrilmistrorigo, à partir de deux de ses vidéos.

  • https://youtu.be/CObxBBOvUKI
  • https://youtu.be/9LijPjEFqRs
"Travail sur l'autoportrait selon l'autre".
En apparence, @CyrilMistrorigo fait son autoportrait selon ses élèves.
Et c'est assez fascinant.

L'idée même de jouer sur le paradoxe d'un "autoportrait" fait selon les autres oblige à se poser des questions simples, en rapport avec:
- l'énonciation (qui dit quoi, à qui, dans quelles circonstances?)
- le point de vue (le propos est tenu en adoptant le regard de qui?)

Tout semble clair : on aura, à la 1ère personne, le portrait de @cyrilmistrorigo tel que, selon lui, ses élèves le feraient.
Sauf que pas du tout.
La clé est donnée dès les premières secondes:
"Je suis - entre autres - professeur de français"

Jusque là, aucune anomalie. Il semble naturel en effet que @CyrilMistrorigo fasse son "autoportrait" en prof de français, puisque c'est ce que ses élèves voient de lui, et le principe est d'adopter leur point de vue.

Mais (si "entre autres" alertait déjà un peu), la clé se révèle pleinement dans une simple conjonction de coordination:
"Je suis - entre autres - professeur de français ET pour vous je suis sûrement celui qui vous annonce une dictée sans vous avoir prévenus..."

La conjonction "et" a ici une valeur consécutive : on est professeur de français, DONC on pratique la dictée en prenant soin de ne pas prévenir, avec la volonté de nuire et de piéger.

On sait bien, avec ses multiples démonstrations de pédagogie bienveillante, que @CyrilMistrorigo n'est pas du tout le prof de français qu'il commence à décrire ainsi.
Et ses élèves ne peuvent donc pas le voir ainsi non plus.
Alors revenons à l'énonciation et au point de vue.
Cette vidéo n'est pas - ne peut pas être - le portrait de @CyrilMistrorigo tel qu'il pense que ses élèves pourraient le faire.
C'est le portrait des autres profs de français, tels que @CyrilMistrorigo les conçoit. Le "je" doit être compris comme une 3e personne représentant ses collègues non-zinnovants.
Et le point de vue là-dessus n'est nullement celui de ses élèves, mais le sien.

C'est ainsi qu'on peut comprendre toute la malveillance qui habite le prof de français habituel, celui qui n'est pas @CyrilMistrorigo, celui que ses élèves ont pu connaître les années précédentes.
Et le portrait du prof de français habituel, ordinaire, peut s'affiner.

Il distribue punitions et heures de colle, contrôles (sans prévenir, on l'a vu), mauvaises notes... Il dit à ses élèves (qu'il prend soin d'ennuyer et de ne pas écouter) qu'ils sont bons à rien. Il les prend en grippe, leur donne des exercices sans rien expliquer.
Etc.

On résume :
L'autoportrait de @CyrilMistrorigo avec le point de vue qu'il imagine chez ses élèves est en réalité le portrait par @CyrilMistrorigo des AUTRES profs, avec SON point de vue sur le désastre qu'ils représentent.
Pour la question de l'énonciation, il faut enfin s'intéresser au destinataire du propos.
La vidéo correspond à un chapitre de cours sur l'autoportrait.
Le fond semble un tableau de salle de classe.
Les élèves sont donc les destinataires premiers. Il s'agit de leur faire comprendre la chance qu'ils ont : désormais, leur prof de français sera le contraire de tous ceux qu'ils ont connus.
Mais le destinataire réel est à chercher plus loin.
Publiée sur YouTube, et non sur un site scolaire réservé à ses élèves, la vidéo est un message envoyé à tous ceux qui doivent s'extasier devant ce miracle pédagogique qu'est @CyrilMistrorigo: collègues, parents, autorités.

La preuve de ce hiatus entre destinataires apparents et destinataires réels peut être trouvée dans d'autres vidéos, comme sa capsule sur le participe passé.
(Extrait)

On peut aller vite sur l'aspect purement didactique, qui est lumineux.
En résumé, dans "Elle est partie au Québec", la partie "partie" c'est le participe, et le participe "partie" c'est la partie de "est partie" qui ressemble à "partir".

Plus intéressants sont les éléments qui troublent le propos pédagogique. La musique dans la bande-son, bien sûr, mais surtout l'allusion au miracle de l'enseignement québécois (car en pédagogie aussi, @CyrilMistrorigo a des lectures lacunaires).
Lequel de ses élèves apprenant le participe passé avait besoin de cette parenthèse sur les miracles de l'éducation au Québec?
Aucun.
Outre sa fonction habituelle de mise en valeur de soi, la capsule est conçue pour être vue par d'autres (collègues non-zinnovants, autorités pédagogiques...)
Et pourquoi parler de semi-auxiliaires et de prétérition au milieu d'une leçon sur le passé composé?
Hypothèse : faire savoir à ses collègues critiques, sur Twitter, que malgré les apparences il maîtrise tout plein de choses dans sa discipline?
Mais pour mieux masquer propos réel et thème apparent, pour mieux brouiller les indices de l'énonciation et ceux du point de vue, des progrès restent à faire, @CyrilMistrorigo.